"Dans le petit collège Schnockaloch calme et sans souçi, à Oberunterdingkirch..."

Il était une fois Suzel, professeure en collège. Elle n'est pas syndiquée, car elle n'en éprouve pas le besoin, se sentant protégée, même si des rumeurs de régressions l'atteignent. Elle a (jusqu'à quand ?) pour métier, le plus beau métier du monde, celui de faire grandir les élèves, de leur donner confiance en eux et en leurs capacités, de leur faire incorporer des valeurs (au sens strict « in-corppore »), la seule matière enseignée au collège qui a cela pour objet !

Elle est (jusqu'à quand?) enseignante en EPS, spécialiste en Culture physique, dans le petit collège Schnockaloch calme et sans souçi, à Oberunterdingkirch le Haut, propret village blotti au cœur de l'Alsace. Suzel ne savait pas que Najat la vilaine ministre de l'Education Nationale avait décidé, sans demander l'avis de personne, de transformer la vie de son collège pour économiser plein d'argent et des postes de professeurs sans penser à l'avenir des enfants qui auraient encore plus de mal à réussir à l'école. 

"Déhachegé se transformait mais toujours au service d'une caste administrative..."

Frantz, le chef d'établissement, le doigt sur la couture du pantalon et qui voulait se faire bien voir, a immédiatement annoncé une réunion de tous les professeurs du collège un mercredi après midi (à la place de l'UNSS car ce n’est pas important) en leur disant de se dépêcher de mettre au point des EPI sans attendre que ceux-ci soient formés (ou plutôt formatés) et surtout sans attendre de savoir ce que la fameuse Déhachegé leur réservait. Certains professeurs se dépêchèrent de courir dans son bureau, pour se faire bien voir à leur tour, en proposant des idées d'EPI. Suzel n’en fut pas informée bien entendu : elle avait osé laisser entendre qu'elle n'était pas pour cette réforme et elle pensait qu'il valait mieux attendre la Déhachegé et sa formation (enfin son formatage) au lieu de se précipiter à faire n'importe quoi. Suivant qui la domptait, Déhachegé se transformait mais toujours au service d'une caste administrative et elle avait la capacité de se démultiplier en autant de Kon-Trolls qu'il y a d'EPLE.

"Hans, le collègue de Suzel, était tout content que son idée de faire des sports de l’antiquité avec l’histoire soit retenue..."

Frantz, fort de son autonomie, n’hésita donc pas à aller jusqu'à imposer les disciplines qui devaient travailler ensemble! Il n'oublia pas de souligner que la liberté pédagogique des professeurs était préservée puisqu'ils pouvaient proposer ce qu'ils voulaient dans CE cadre-là. Hans, le collègue de Suzel, était tout content que son idée de faire des sports de l’antiquité avec l’histoire soit retenue sans avoir eu besoin d'en discuter avec Suzel. Mais il avait oublié qu'il n'en avait pas parlé non plus avec les professeurs d’histoire et ceux-ci étaient tous aussi dubitatifs que Suzel. L'EPI Sports de l’Antiquité qui devait enfin régler l'échec scolaire des petits alsaciens du Schnockaloch n'avança donc guère.

Que se passa-t-il donc me direz-vous?

Et bien Suzel reçut un courrier de Frantz à lire à tête reposée pendant les vacances de Noël. Elle le lut quand même et se vit accablée de pleins de reproches infondés et mensongers comme par exemple des retards en cours ( ?) Ses deux autres collègues d'EPS, respectivement TZR et contractuel, avaient beau la soutenir, ils ne seraient pas là l'an prochain.... Elle alla demander des explications à Frantz. 

"Soyez « moderne »! Soyez donc « trans », soyez « bi- », car disciplinaire ne suffit plus !"

 «  Mais enfin Madame Suzel, soyez « moderne »! Soyez donc « trans », soyez « bi- », car disciplinaire ne suffit plus ! » : martelait la Chefferie ! (C'est comme si Schreck, sorti de sa mare, devait apprendre les codes de bienséance en se cognant la danse du menuet en portugais) qui lui assura avec beaucoup d’empathie que ce courrier en resterait là........pour le moment....  Ah ! Damoclès quand tu nous tiens !

 

La morale de cette histoire ?  Dans nos Kon-trées, les Cheffffffffssssssss (e) aiment l'Ordnung…..

Quant aux professeurs, avoir un Troll sur le dos ça fait mal. Mais moins si « on »  est armés, vertébrés, informés, regroupés, allons-y, osons,….. syndiqués. Dire … : NON !

 

Ah, j’allais oublier : le mercredi, jour de la réunion, c’était la journée de solidarité….   

 

 

 

Epilogue :

Rentrée chaude au Schnockaloch en janvier : l'EPI-phanie, le 6, un … mercredi encore…

En espérant un rapide.. EPI-logue, à moins qu’on laisse l'EPI-démie croître, et que cela aille jusqu'à l'EPI-taphe.

 

Et qui, dans sa tour d'ivoire, restait sourde, lointaine et muette sur ces sujets qui fâchent mais diserte et avenante pour ce qui lui seyait dans ses projets ?

Merci Najat pour ce beau cadeau !